Daoulagad Breizh
  • Actualités
  • Mois du doc
    • Appel à films 2026
    • Comment participer
    • Paroles d'invité·es
    • Archives
  • Regards d'ici
    • Appel à Films 2026
    • Chemin de traverse
    • Archives
  • Troiad / Tournée
    • Organisation
    • Films 2026
    • Dates Projections 2025
    • Archives
  • Filmoù Chakod
    • Et pour les scolaires
  • Qui sommes-nous
    • Adhérer

Rencontre avec Lara Laigneau, cheffe-opératrice image de "Cultiver la forêt"


« En Bretagne, on ne laisse pas gratuitement de la place à la forêt. Les massifs boisés sont généralement situés sur des sols pauvres jugés peu intéressants pour l'agriculture. »

À l'hiver 2019, Léa est devenue propriétaire d'un ensemble forestier d'une vingtaine d'hectares en Ille-et- Vilaine. Un engagement singulier, mais surtout collectif, prend forme pour cultiver la forêt. Le film transmet avec justesse une approche sensible du vivant.


Matthieu Le Boulch - Je suis avec Lara Laigneau, la cheffe opératrice de « Cultiver la forêt », qui est un film qui a été réalisé par Jérémy Houadec, Lara, est-ce que tu pourrais nous présenter ton parcours de cheffe opératrice et de réalisatrice ?

Lara Laigneau - J’ai commencé par aller à la fac de cinéma car j’aimais beaucoup voir des films, en particulier des films sous-titrés en langue originale. Je suis allé à la fac de Rennes, il y a à peu près vingt ans et c’est là d’ailleurs que j’ai rencontré Jérémy Houadec. On s’est ensuite perdu de vue pendant dix ans. Entre temps, je m’étais formée à l’image dans une école de cinéma en Belgique, qui s’appelle l’IAD (Institut des Arts de Diffusion). Là, j’ai découvert que j’aimais beaucoup filmer les gens, aller dans des mondes auxquels je n’aurais jamais eu accès si je n’avais pas eu une caméra entre les mains. J’ai commencé à travailler après l’école plutôt en fiction, en tant qu’éclairagiste de cinéma. J’aimais beaucoup l’idée de travailler en équipe mais c’était des trop grosses équipes. Je me suis retrouvée dans des situations absurdes quand je filmais pour des publicités, où on sortait beaucoup de matériel, beaucoup d’énergie humaine, beaucoup de projecteurs qui ne servaient pas forcément. Au niveau des valeurs, ça ne collait pas trop au bout d’un moment. Je suis allée vers le documentaire pour me rapprocher un peu de mes valeurs. Quand je suis revenue en Bretagne, il y a dix ans, j’ai commencé à faire des films. Instinctivement j’ai commencé à faire le portrait d’une femme qui se reconvertissait vers l’esthétique, c’était son rêve d’enfant. Ça m’a amenée à faire un premier film produit par les 48° Rugissants, par Adeline Le Dantec qui à l’époque était productrice dans cette même société de production qui produit aujourd’hui Jérémy. De fil en aiguille j’ai (re)rencontré Jérémy, après dix ans on s’était perdus de vue. Il était en train de commencer ce film « Cultiver la forêt » et je lui ai proposé de commencer à filmer pour qu’il puisse avoir des images associées à son écriture.

Quelles valeurs font sens pour toi dans le domaine du documentaire ?

Ça a pas mal évolué. Ça fait vingt ans que j’habite en collectif et ça me porte beaucoup dans ma vie aujourd’hui de me dire que je vis avec des personnes qui réfléchissent à comment on peut s’entraider, mutualiser du matériel. Ce sont des petits endroits de résistance mais aussi des endroits où on prend soin les un·es des autres. Au fur et à mesure des expériences, je suis aussi tombée sur des réalisateur·ices qui privilégiaient le fait de travailler dans la durée. Il y à aussi l’économie du documentaire qui fait qu’on est obligés de prendre le temps, mais finalement c’est aussi ça qui me convient. On raconte des histoires plus sensibles quand on prend le temps avec les gens. C’est ce qui s’est passé avec mon premier film, c’est ce qui s’est passé avec le film de Jérémy dans sa découverte progressive de son personnage de Léa, qui était déjà son amie et qu’il a appris à rencontrer de plus en plus au fur et à mesure du film et qui aujourd’hui porte des valeurs qui lui ressemblent et qui me ressemblent aussi. C’est plutôt vers ça qu’on a envie d’aller.

En quoi aujourd’hui le documentaire peut être un endroit de résistance ?

J’ai l’impression que ça l’est déjà du fait de la petite économie sur laquelle on commence nos films. C’est entendu aujourd’hui qu’on passe au moins un an ou deux à écrire les premières lignes de nos histoires quand on rencontre les personnages de nos films. Quand c’est des portraits ou des histoires collectives, j’ai l’impression qu’on passe un ou deux ans sans moyens. En tous cas en Bretagne, des personnes que je côtoie, ça a l’air d’être un peu la norme. Il y a aussi les premières aides à l’écriture qu’on peut obtenir sans producteur·ices. Ça devient de plus en plus compliqué d’obtenir ces aides là car on est de plus en plus nombreux·ses à proposer des choses. On résiste car on choisit des modèles où on mutualise les compétences. En Bretagne, on a la chance d’avoir un tissu documentaire assez fourni. Autour de Rennes, où je suis, il y a Comptoir du doc qui diffuse du documentaire depuis plus de vingt ans, il y a l’ARBRE qui est une association de réalisateur·ices depuis plus de vingt ans. Je fais aussi partie d’une coopérative depuis quelques années qui nous fait un peu plus travailler en tant que femme technicienne-réalisatrice dans ces milieux là. Pour moi, c’est vraiment le collectif qui permet de tenir dans cette économie là. Ce ne sont pas toujours des films qui vont être pris par des chaînes nationales mais on se rend compte qu’au niveau de la Région, les chaînes locales permettent déjà de faire beaucoup de choses, beaucoup de documentaires dans des formats pas trop standardisés. C’est un réel soutien pour raconter les histoires qu’on veut.

Pourrais-tu nous parler de l’articulation entre ton travail de cheffe-opératrice et celui de Jérémy Houadec sur Cultiver la forêt ainsi qu’avec le reste de l’équipe ?

Alors le reste de l’équipe … On a commencé au tout début du film ensemble, il y a quatre ans. On a commencé à filmer un chantier de trois jours à Notre-dame-des-landes, un chantier de bûcheronnage. C’est là que Léa est apparue comme un personnage central du film pour la suite. Au fur et à mesure, Jérémy a commencé à écrire son film en se faisant accompagner par Ty Films dans une formation d’écriture documentaire, par laquelle j’étais aussi passée trois ans avant. Il s’est fait accompagné dans un second temps par Justine Bonno, qui est script-doctor, soutien à l’écriture, basée à Douarnenez. Ça a aussi amplifié le dossier documentaire qu’il pouvait proposer à la Région pour demander des subventions. Il y a eu aussi à ce moment là Victor Thomas, son producteur des 48° Rugissants qui est arrivé dans l’aventure. Ça a permis qu’on commence vraiment à se rémunérer et à avoir des cachets, moi comme cheffe-opératrice et Jérémy comme réalisateur-technicien. Il a eu les deux casquettes puisque c’est lui qui a fait aussi la prise de son pendant le film. Une fois sur le tournage, il y avait cette amitié entre nous et cette confiance installée depuis des années, qui a permis qu’une fois sur le tournage, on se disait, quand on arrive par exemple sur les scènes de chantier, qu’on imagine la forêt comme un personnage. On s’est mis à filmer en mettant les humains en second plan, en laissant le haut des arbres prendre toute la place pour qu’on puisse vraiment faire ressentir la forêt. C’était très important pour Jérémy ce côté là. Le film est là pour réhabiliter la forêt, pour lui donner une vraie place, une consistance, qu’on a cherchée, lui au niveau du son. Il a vraiment cherché à travailler la sensorialité du paysage. À l’image, ça passait par des décadrages où on n’a que le buste des bûcheron.nes, où on capte leur regard quand ils regardent vers le haut. Il y a un truc assez poétique qu’on a travaillé ensemble. C’est un peu comme de la coréalisation une fois sur le tournage. Des fois on ne se parlait pas pendant deux heures. En plus il y avait le bruit des tronçonneuses qui n’est pas facile à gérer. C’était un peu instinctif comme façon de travailler mais ça me convenait bien. On a pris des habitudes de déplacements dans la forêt. Il y a aussi cette question de filmer des militant·es qui parfois n’ont pas confiance dans les médias. C’était très intéressant d’apprendre à s’apprivoiser. C’était très généreux de leur part, de la part de Léa et de Boris, d’ouvrir leur forêt à une équipe de tournage. Même si on n’était que deux, c’est pas rien non plus de se faire suivre régulièrement par une caméra.

À chaud, après les dates finistériennes, est-ce que tu pourrais nous donner tes impressions sur ta tournée Mois du doc ?

Le film a été pris une dizaine de fois entre le Finistère et l’Ille-et-Vilaine. Jérémy l’a accompagné dans deux classes en Ille-et-Vilaine. Lors de ma tournée dans le Finistère, je me suis aperçue lors des deux premières séances qu’il y avait une vraie envie d’aller plus en profondeur dans la connaissance de la forêt. Ça dépend vraiment des publics mais à Melgven il y avait une association, je ne me souviens plus du nom, mais vraiment spécialisée dans la protection de la forêt, plutôt des retraités mais très passionnés. Ils avaient une sensation de trop peu, ils m’ont demandé pourquoi le film était si court. C’était assez amusant, ça veut dire qu’il y a un intérêt. Les questions qui reviennent c’est « est-ce que cette forêt est rentable ? » « est-ce que le travail de ces jeunes est rémunérateur ? ». C’est intéressant de pouvoir défendre à travers ce film le fait que la richesse de la transmission du savoir peut être aussi importante que le fait de vraiment gagner sa vie à tout prix.
Propulsé par Créez votre propre site Web à l'aide de modèles personnalisables.
  • Actualités
  • Mois du doc
    • Appel à films 2026
    • Comment participer
    • Paroles d'invité·es
    • Archives
  • Regards d'ici
    • Appel à Films 2026
    • Chemin de traverse
    • Archives
  • Troiad / Tournée
    • Organisation
    • Films 2026
    • Dates Projections 2025
    • Archives
  • Filmoù Chakod
    • Et pour les scolaires
  • Qui sommes-nous
    • Adhérer