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Journal de bord de l'île de Sein - Thierry Bourcy - 2015


À l'occasion de la tournée de son documentaire "Alexis Gourvennec, paysans de la République" Thierry Bourcy embarque avec Erwan Moalic et Liza Le Tonquer pour l'île de Sein. L'organisation était bouclée, les billets de bateau réservés, la nuit sur l'île et le retour anticipés. C'était sans compter l'arrivée d'une tempête...
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Il s’agissait donc de présenter notre film « Alexis Gourvennec, paysans de la république », dans le cadre du Mois du Doc, le samedi 2 novembre à 20h30 sur l’île de Sein. Cette perspective m’avait immédiatement réjoui. Je ne connaissais pas cette île, j’étais heureux de la découvrir. Je l’imaginais comme un prolongement de la pointe du Raz, près de laquelle mon plus vieil ami avait longtemps exercé la médecine générale. Grâce à lui, je connaissais bien Audierne et Plouhinec. De Sein, je savais seulement qu’elle était assez basse sur l’eau. Y parler d’agriculture me paraissait un peu surprenant. J’avais imaginé cette île comme une terre de pêcheurs, avec des petits lopins de terre bien éloignés de l’agriculture intensive. La personnalité de Gourvennec y avait-elle là aussi laissé des traces, des souvenirs ? Lorsque Philippe Gallouédec et moi nous étions partagés les projections, il faisait encore beau, c’était la fin du mois de septembre, et une soirée sur une île bretonne, que j’envisageais alors comme une agréable promenade, n’était pas pour me déplaire. Quelques temps plus tard, Erwan Moalic, responsable de la logistique, m’annonça que nous logerions au presbytère et qu’il fallait emporter un sac de couchage : il n’y avait qu’un bateau par jour, partant le matin à 9h30 d’Audierne et rentrant le soir à 17h. Il faudrait donc passer la nuit sur l’île, et une partie du lendemain, le temps d’une belle balade que j’imaginais pensive et romantique le long de la côte. La visite commençait à se teinter d’aventure. Il faudrait aussi emporter quelques provisions pour préparer nous-mêmes notre cuisine. J’avais eu l’occasion de constater l’efficacité d’Erwan lorsque j’avais animé un stage de scénario sur l’île Tristan, en face de Douarnenez. Il y venait chaque midi nous ravitailler. J’étais donc confiant.

Mercredi 30 octobre.

Erwan m’appelle : le maire de Sein vient de l’informer qu’une tempête se prépare et que nous ne pourrons probablement pas rentrer le dimanche, des creux de 8 mètres étant annoncés. Il faudrait envisager de passer non pas une, mais deux nuits sur l’île, pour rentrer le lundi. Je devais prendre ce même jour un TGV pour Paris, j’annulai mes billets et décidai de privilégier la projection à Sein, quitte à ne rentrer que plus tard dans la semaine, quand la tempête le permettrait. Vaguement inquiet tout de même, je consultai sur internet les photos du bateau qui allait nous emmener là-bas, l’Enez Sun. La vedette de plus de 30 mètres de long, haute sur l’eau, me rassura : ça secouerait peut-être mais nous devrions arriver sans encombre, démentant le dicton marin « Qui voit Sein voit sa fin ».

Jeudi 31 octobre.

Erwan me confirme que la météo est très mauvaise pour le dimanche, il envisage même de projeter des films supplémentaires. Je lui suggère « Titanic »...

Vendredi 1er novembre, jour des morts.

À 8h09, nouveau SMS d’Erwan : la compagnie Penn Ar Bed, responsable de la traversée, ne lance pas d’alerte sur son site. Nous verrons donc sur place. Deux heures plus tard, nouveau message : « Cause météo départ de Saint Evette retardé le 2 à 11h30 » Puis un autre message, plus vague : « Risque de modification des horaires.» Entre temps, j’ai fait ma valise, emporté sac de couchage, pantalon et chaussures de rechange et quelques fruits. Et un bon bouquin.

Samedi 2 novembre.

Audierne, embarcadère de Saint-Evette. Je retrouve Erwan Moalic et Liza Le Tonquer, qui vient présenter son film « Les corps soignants », (elle a un bel article dans Ouest-France). Le soleil se faufile entre les nuages que le vent fait défiler. Je range ma valise dans une des grandes caisses rouges destinées aux bagages. Au guichet de la Penn Ar Bed, une femme annule sept billets, tandis qu’un homme se prétendant pêcheur manifeste sa mauvaise humeur : il a appris qu’il n’y aurait pas de bateau de retour demain, du coup il ne part pas lui non plus. Nous embarquons à 11h15. Erwan engage la conversation avec le maire de Sein, qui nous confirme un coup de vent pour la nuit à venir. J’avise les sacs en plastique noir destinés au « mal de mer », je préfère quitter la vaste cabine aux sièges confortables pour rester debout sur le petit pont arrière, le pont supérieur étant interdit d’accès à cause de la météo. Erwan et Liza, suivant l’habitude des Sénans, s’allongent en travers des banquettes. Dès la sortie du port d’Audierne, la mer devient grosse, nous faisant rouler et tanguer sur des creux de 3 à 4 mètres. Les vagues que parfois le soleil vient illuminer s’ornent d’une crête d’écume balayée par le vent. Je reste fasciné par ce spectacle. La côte qui s’éloigne disparaît régulièrement derrière un mur d’eau. Deux jeunes Sénans sont accoudés au bastingage, je reverrai l’un d’eux, le lendemain, travailler au phare. Ils tentent de réconforter une jeune mère de famille dont le petit garçon a viré au verdâtre et passera le plus clair de la traversée dans les toilettes. De temps en temps, une vague s’amuse à tremper la plate-forme , une jeune fille à lunettes assise sur les marches d’accès au pont supérieur pousse un petit cri. L’Enez Sun remonte au vent et choisit un cap plus au sud que d’habitude pour éviter de prendre les lames de face. Nous mettons une demi-heure de plus que prévu pour rejoindre l’île de Sein. Erwan est peu affecté par le voyage, il pense déjà à récupérer le matériel de projection. Liza est moins en forme, elle a été malade et se remet doucement. Pas mal de monde sur la cale, on va nous parler beaucoup de notre traversée, avons-nous été malades ?, le bateau a-t-il été très chahuté ? Je suis content de m’en être sorti sans malaise, j’ai beaucoup pensé à mon père, plaisancier émérite, disparu l’année dernière, avec qui je faisais chaque automne une croisière en voilier. Marie-Thérèse Spinec nous prend en charge, elle emmène Liza déguster un thé bien chaud tandis que j’aide Erwan, assisté de Jean-Pierre Spinec, à transporter sur des petites carrioles le matériel à la salle Saint Guénolé. Nous nous installons au presbytère qui nous prête trois chambres (nous ne toucherons pas à celle dont la porte indique « monsieur le Recteur »). Déjeuner chez Marie-Thérèse et Jean-Pierre, un ancien naviguant avec qui je parle de l’amiral Ronarc’h et des fusiliers marins de la première guerre mondiale. Au dessert, un far maison particulièrement savoureux. Je prends le temps d’une sieste dans la petite chambre que j’ai choisie, sous les toits. Retour à la salle St Guénolé, Erwan et Liza ont tout installé, l’écran, le projecteur, les enceintes, les chaises. Quatre ou cinq dames sont déjà là, papotant. Marie-Thérèse arrive et plaisante, en désignant une de ses amies : « Celle-là, elle est épouvantable ! » L’autre de répondre du tac au tac : « Si tout le monde était aussi épouvantable que moi, il n’y aurait plus beaucoup de guerres sur la terre ! » Au final, une quinzaine de personnes assistent à la projection des « Corps soignants », un film superbe sur la pratique de l’hypnose dans un service d’urgences. Liza anime le débat. Dehors, il fait déjà sombre quand nous allons faire un tour de l’île. Le paysage austère cerné par une mer grise aux rouleaux d’écume blanche prend des allures de film scandinave, avec un phare du bout du monde, vieux cyclope qui déjà fait tourner sa lumière. Dîner rapide au presbytère, puis c’est à mon tour de présenter mon documentaire sur Alexis Gourvennec. Débat sur l’agriculture intensive, le développement de la Bretagne, ses impasses... Je discute avec une ex-Morbihannaise installée sur l’île avec son mari. Elle est là depuis plus de vingt ans, mais elle sait qu’elle reste une étrangère. Retour au presbytère, une tisane et au lit, je me glisse avec plaisir dans mon sac de couchage tandis que, dehors, la tempête se déchaîne.

Dimanche 3 novembre.

Toujours le vent. Erwan a apporté des crêpes du marché d’Audierne pour le petit déjeuner. Suite à notre séjour forcé sur l’île, il a programmé un film supplémentaire du Mois du Doc à 16h30, « Wait and sea » de Simon Coss et Antoine Tracou. En attendant, je pars avec Liza vers le phare. Tout autour, la mer s’agite. Nous faisons quelques photos, Liza manque de se faire renverser par un des rares véhicules de l’île. Mon Smartphone me signale que j’ai du réseau, je passe un ou deux coups de fil. Nouveau SMS d’Erwan, le départ de demain est confirmé mais avancé à 11h. Au retour, nous sommes surpris par un grain et rentrons trempés. Excellent repas au restaurant Ar Men, dernier déjeuner de la saison, l’établissement ferme ce soir jusqu’au mois de mars. Le café chez Didier-Marie Le Bihan, on dirait un pirate avec un de ses verres de lunettes tout noir. Il ouvre tous les jours, de 8h à 9h, son lieu improbable et poétique, qu’il partage avec une céramiste à qui j’achète un cendrier de porcelaine. Une petite sieste avant de retrouver la salle St Guénolé. Cette fois, près d’une quarantaine de personnes se sont déplacées pour voir ce film sur le Brexit et les marins pêcheurs. Un ancien pêcheur évoque les absurdités du système mis en place par l’Union Européenne, les filouteries des uns et des autres, le manque de contrôles le dimanche ou la nuit... Puis rangement du matériel et de la salle. Nous nous retrouvons à dîner tous les trois, Liza, Erwan et moi. Et nous parlons beaucoup de cinéma, avec une passion qui continue de nous animer.

Lundi 4 novembre.

Beaucoup de vent toute la nuit. Petit déjeuner avec Erwan et Liza, sous le regard des Saints Guénolé et Corentin de bois fixés au mur du presbytère. Je vais jusqu’au port pour attraper un signal et passer quelques coups de téléphone. La mer est moins agitée, notre départ confirmé à 11h. On range, on nettoie, on laisse le presbytère tout propre pour les prochains curés. Dans un meuble du recteur, un gros classeur porte l’étiquette : « Beaux textes sur la mort ». Il est vrai qu’ici, il doit célébrer plus d’enterrements que de baptêmes. Un dernier café chez Marie-Thérèse et Jean-Pierre, qui nous accompagne jusqu’au port. On a mis toutes nos affaires sur deux carrioles. L’arrivée de l’Enez Sun est toujours un événement, quelques dizaines de Sénans sont là pour y assister. Embarquement, plus de monde qu’à l’aller, pas mal de gens sont restés bloqués comme nous le dimanche. Cette fois, la mer est un peu moins agitée, je reste à l’intérieur, près d’un hublot. Erwan est sur son téléphone, organisant, je suppose, la suite des projections du mois du Doc, et Liza tient le coup. Une heure après, c’est Audierne, puis le retour via la gare de Quimper, encore tout plein du souvenirs des jolies rencontres et de la chaleur des Sénans. Bien sûr, ça tangue encore un peu...

Thierry BOURCY

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